Les compétitions en Shorinji Kempo

Le Shorinji Kempo est un art martial japonais qui se destine à la self-défense, et qui accorde la plus grande importance au respect et à la collaboration entre les Kenshis dans une pratique mutuellement profitable.

Ces deux principes fondamentaux du Shorinji Kempo pourront donc paraître incompatibles avec la mise en opposition conventionnelle et acceptée que représente la compétition, notamment sous la forme de combats, ce système ne permettant finalement que l’émergence d’un.e champion.ne qui sera vite remplacé.e et oublié.e et impliquant aussi la défaite de tous.tes les autres pratiquant.e.s.

En Shorinji Kempo un des éléments de l’entraînement, avec le kihon, le hokeï et le randori, est l’embu.

L’embu (演武) ou kumi embu (組演武) est une sorte de chorégraphie martiale réalisée le plus souvent entre deux partenaires, comprenant conventionnellement six séquences d’enchaînements d’attaques et de défenses, mélanges de boxe pieds-poings, de clés articulaires, de projections et d’immobilisations, séparées par des temps marqués d’observation. Il existe des variantes d’embu en solo, le tandoku embu, à trois partenaires, le kumi embu sanninkake, ou en groupe, le dantaï embu.

Très démonstratif par nature, l’embu peut se prêter à une forme de compétition technique, l’embukaï (演武会) qui ne pourra prendre place qu’à l’occasion des taïkaï (大会), ces grands stages nationaux ou régionaux, car toujours en Shorinji Kempo l’important est la pratique et l’échange, le partage.

Trois critères de notations seront évalués par cinq juges : le niveau de technicité des mouvements réalisés, l’énergie mise en œuvre par les deux partenaires et le réalisme des enchaînements.

Il existe deux manières de construire un embu.

La première méthode pourrait correspondre à une rencontre fortuite. Historiquement c’était la méthode que le fondateur du Shorinji Kempo SO Doshin affectionnait en désignant deux Kenshis à qui il proposait quelques techniques à utiliser pour la réalisation d’un embu qu’ils devaient ensuite effectuer devant les autres pratiquant.e.s. Comme une matérialisation du concept zen « Un instant, une rencontre ».

La seconde méthode peut s’expliquer par la volonté de montrer un embu le plus abouti possible techniquement. Cette fois, les deux partenaires se connaissent bien, elles.ils ont l’habitude de pratiquer ensemble, elles.ils sont le plus souvent du même dojo. L’élaboration de leur embu prendra de quelques semaines à plusieurs mois, mettant ainsi en avant leurs visions du Shorinji Kempo.

Quoi qu’il en soit, la pratique de l’embu ne se limite bien évidement pas au seul exercice de la compétition formelle mais fait bien partie de l’entraînement traditionnel des Kenshis. L’embu est réellement la concrétisation des six caractéristiques distinctives de la philosophie du Shorinji Kempo.

Un autre élément constitutif de l’entraînement en Shorinji Kempo est le combat, qui se pratique de différentes manières. Avec ou sans opposition, en boxant ou en luttant ou bien les deux ensemble, à un.e contre un.e, à un.e contre deux ou à plusieurs contre plusieurs, avec ou sans protections, à la simple touche ou à plein contact, nombreux sont les moyens de combattre en Shorinji Kempo. Pour autant, le combat n’est qu’une méthode d’apprentissage, de mise en pratique et d’expérimentation parmi les autres méthodes d’entraînement du Shorinji Kempo déjà citées. Les termes employés en Shorinji Kempo pour combat sont randori (乱取り), c’est-à-dire défenses contre des attaques libres, ou unyoho (運用法) c’est à dire méthodes d’application.

Dans la mesure où « le but ultime du Shorinji Kempo est l’accomplissement et le bonheur de l’Être Humain, et non la gloire ou le profit personnel », les compétitions de combats ne sont pas la priorité de notre discipline, même s’il arrive parfois d’en organiser des tournois comme à l’occasion des SEA Games en 2011 ou 2013 par exemple.

 Photographies Benoît BALON 2018 ©